« Springsteen & I » : un voyage captivant dans les univers parallèles des fans du Boss

Projeté le même jour (22 juillet 2013) pour des séances uniques dans plusieurs centaines de cinémas à travers le monde, Springsteen & I nous emmène dans les univers singuliers (et pluriels) des fans de Bruce Springsteen.

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Affiche de "Springsteen & I " dans le hall du CGR de Tarnos (Landes), où une petite quarantaine de spectateurs calmes et attentifs étaient présents pour la projection du film

On se souviendra longtemps du fan de Manchester, sans doute le seul de la planète à souhaiter des concerts plus courts, du Danois qui entretient la pelouse au Parken Stadium de Copenhague et raconte son premier concert à 9 ans lors du Tunnel Of Love tour de 1988, du faux Elvis qui est monté sur scène avec le Boss à Philadelphie, de la petite fille qui explique qu’elle aime Bruce parce qu’il transpire dix fois plus que les autres pendant ses shows ou encore de Kitty (Kitty’s Back ?) la truckdriveuse qui écoute Nebraska en traversant l’Arizona.

Emouvants, poignants, parfois involontairement comiques, les témoignages de fans (filmés par eux-mêmes) qui forment la trame de Springsteen & I ne nous laissent presque jamais indifférents. Avec ce film, le réalisateur Baillie Walsh montre qu’au-delà des trajectoires personnelles, toujours spécifiques, la musique et la présence de Bruce Springsteen aident ses fans à grandir (Growin’ Up !) et devenir adultes, à trouver leurs marques, à conjurer l’angoisse et les inévitables crises de la vie (à l’image de cet Américain qui vient de se faire plaquer par sa petite amie à la veille d’un concert et monte sur scène avec le Boss). Pour chacun, les chansons de Bruce Springsteen tissent la bande son de leur vie, avec ses bons et ses mauvais moments. On voit par là que l’attachement de dizaines (centaines ?) de milliers de fans à Bruce Springsteen est un phénomène très différent de la relation des fans avec Madonna, Justin Bieber ou Michael Jackson..

Rien que pour cette démonstration, Springsteen & I serait déjà une réussite. Mais ce film se distingue aussi par l’originalité (voire le caractère inédit) de sa forme cinématographique. Pour la première fois, un long-métrage est bâti à partir de séquences captées et envoyées par des "amateurs", à savoir les fans, auprès de qui des appels avaient été lancés.

Originalité aussi par son mode de diffusion, analogue à celui de certains opéras du Met de New York : des séances uniques (ou presque, il y a une redif la semaine prochaine à la Géode pour les Parisiens qui l’auraient raté, mais attention, d’après plusieurs témoignages, l’image y était déformée, drôle d’idée de projeter un film en format classique dans une salle Imax !) le même jour (mais pas à la même heure, décalage horaire oblige) un peu partout dans le monde. Cette quasi simultanéité des projections a permis de développer, via les réseaux sociaux, les forums et les blogs (dont celui que vous êtes en train de lire) des échanges et des réactions en temps quasi réel, bien plus que pour un concert auquel, par définition, seuls les "régionaux" et quelques oiseaux migrateurs assistent. A l’instar des échanges sur Twitter ou Facebook à propos des setlists (en écrivant ces lignes, je jette de temps en temps un oeil aux réactions sur le concert de Leeds), Springsteen & I apporte ainsi sa pierre au développement d’une communauté planétaire des fans de Bruce Springsteen.

Sur le plan de la structure, Springsteen & I emprunte aussi à l’univers DVD/Blu-Ray, puisque le film lui-même est suivi d’un "bonus" de taille puisqu’il s’agit d’extraits du concert de Hyde Park en 2012.  L’occasion de savourer dans des conditions inédites de qualité visuelle et sonore (même pour qui a une bonne installation de home cinéma !) des morceaux de bravoure comme le piano de Roy Bittan sur Thunder Road, le solo de guitare de Nils Lofgren sur Because The Night, les duos avec Paul McCartney (coiffé ce soir là à la Dave) sur I Saw Her Standing There et Twist And Shout, jusqu’à la fameuse coupure finale des micros. Après ce mini-concert (on aurait préféré le show intégral, mais bon…), le film se termine par un autre "bonus" en forme d’épilogue, où l’on suit la rencontre de Bruce Springsteen avec quelques fans "issus" du film au Parken Stadium de Copenhague (on y était dans les tribunes sans se douter que ce "sommet" était en train de se dérouler à quelques dizaines de mètres de distance). Une séquence très émouvante qui montre la simplicité et l’humilité de Bruce Springsteen, et qui se termine un peu abruptement avec le fan danois employé du stade qui raconte que Bruce lui a offert son bracelet.

Après ces louanges, quelques critiques quand même. Dommage que la plupart des participants soient anglo-saxons (où sont les Espagnols et les Italiens ?) et que tous ou presque soient des fans hard core, dont la passion confine à la monomanie. Avec quelques cas proches de la pathologie mentale comme cette femme qui montre à son fils des photos de Bruce Springsteen en lui répétant "It’s Daddy !, ou, sur un mode plus mineur, cette mère de famille qui impose à ses enfants Springsteen en programme unique dans la voiture familiale. On ne voit pas dans ce film de fans que leur dévotion à Bruce Springsteen n’empêche pas d’avoir d’autres centres d’intérêt dans la vie, d’écouter, apprécier, aller voir sur scène d’autres artistes que le Boss, et de passer des soirées ensemble sans disséquer les dernières setlists. Au fait, aucun des fans sélectionnés n’appartient à cette catégorie, très présente sur les forums, des statisticiens capables de vous dire de mémoire que, par exemple, Secret Garden, interprété ce soir à Leeds, n’avait pas été joué sur scène depuis 2000.

Ces manques sont assurément un effet pervers du "recrutement" des participants sur la base du volontariat. Sans doute ces fans "soft core", qui préfèrent les tribunes au pit, avaient-ils d’autres chats à fouetter que de se filmer dans l’espoir ténu d’être sélectionné dans le final cut, tandis que les "statisticiens" étaient trop occupés à dresser des tableaux sur les titres les plus joués au cours de la tournée Darkness…

On regrette enfin que les noms et nationalités des participants ne soient pas mentionnés, et que les extraits de concerts intercalés entre les témoignages ne soient pas dûment datés et crédités (on en a reconnu beaucoup, mais pas tous…). Espérons que ces "oublis" seront réparés sur le DVD (et, croisons les doigts, Blu-Ray ?), dont Baillie Walsh a annoncé la sortie américaine pour novembre 2013 au cours d’une interview avec Tom Cunningham dans le Bruce Brunch du 14 juillet dernier. On peut rêver aussi d’autres bonus comme le concert de Hyde Park en entier, voire un commentaire audio de Bruce Springsteen himself…

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6 Réponses to “« Springsteen & I » : un voyage captivant dans les univers parallèles des fans du Boss”

  1. Le concert de Bruce Springsteen à Rio diffusé live sur YouTube | Le blog Bruce Springsteen de Laurent Samuel Says:

    […] vu live que la fin de ce superbe concert, à partir de Land Of Hope And Dreams… Comme pour le film Springsteen & I diffusé le même jour partout dans le monde en juillet dernier, l’expérience de vivre cet […]


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