Bruce Springsteen et John Ford (précisions)

Suite à mon post récent sur l’interview de Peter Bodganovitch dans Charlie Hebdo qui évoquait l’influence de John Ford sur Bruce Springsteen, voici quelques précisions judicieuses de Thierry Saurat (découvrez son blog en cliquant ici), qui connaît bien la vie et l’oeuvre du cinéaste et du chanteur.

« L’analyse de Peter B. est un peu à posteriori et l’influence de Ford sur Springsteen mérite quelques précisions. Elle est d’ailleurs évoquée dans le premier bouquin de Dave Marsh (1980) et dans plusieurs interviews.


Ainsi, l’influence des Raisins de la colère n’est que tardive et en deux étapes : le film, puis le livre. Dans le premier Dave Marsh, Springsteen avoue préférer les westerns de Ford aux Raisins de la colère, qu’il regarde sous l’influence de Landau, pour venir au livre et à la littérature en général.

Jusqu’à Darkness, Springsteen semble un ado ricain nourri aux 45 T et aux films de série B des années 50, polars et westerns, dont ceux de Ford.

Il a dit plusieurs fois avoir été influencé par la trilogie de la cavalerie, comme par les westerns de Leone, car ces films reprenaient un même motif, des mêmes personnages, situations et clichés pour les traiter sous des angles et des tons différents.

Je ne suis pas sûr que Born To Run, Darkness et The River aient été délibérément conçus comme une trilogie, mais les deux derniers proposent en effet des motifs assez fordiens (en particulier The River), jusqu’aux pochettes qui semblent proposer des angles différents de la même image.

On retrouve aussi l’influence de Ford sur Springsteen dans la description des rites, des fêtes, de la vie quotidienne, dans cet héroïsme du quotidien qui a fait la marque de ses chansons.

Les Raisins de la colère est un film de commande (génial) autant qu’un film d’auteur, car le vrai Ford se trouve plutôt du côté de ses westerns. Que le Springsteen instinctif des débuts ait aimé ces films avant l’adaptation de Steinbeck est logique.

Enfin, il semble que l’un des films de chevet de Bruce (comme de Scorcese, Spielberg et au passage mon film préféré) soit La prisonnière du désert, la plus belle description qui soit d’un homme en marge, en proie à ses propres démons, et en difficulté à trouver sa place au sein d’une communauté.

Dernière précision : la politisation tardive de l’oeuvre de Ford, un peu comme celle de Bruce.

Donc, résumé, Peter B. pousse un peu le bouchon, mais n’est pas totalement à côté de la plaque. Même si l’influence me semble plus diffuse que construite.
J’en profite pour vous signaler que l’édition Blu-ray de la Prisonnière du désert permet de revoir ce classique avec une superbe qualité d’image !

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