« Wrecking Ball » et les idées reçues de la presse française sur Bruce Springsteen

En lisant les titres des articles consacrés par les quotidiens français à Wrecking Ball, le nouvel album de Bruce Springsteen (dans les bacs le 5 mars 2012), on a l’impression que le Boss, à 62 ans bien sonnés, serait subitement devenu « gauchiste ». Un manque de perspective assez consternant, qui méconnaît le fait qu’au moins depuis The Ghost of Tom Joad (1995), chaque album de Bruce Springsteen a constitué un message fort sur la situation politique de l’époque.

Petit florilège de titres récents… (les articles, eux, sont en général moins caricaturaux)

Bruce Springsteen, un Américain en colère – JDD

Springsteen l’indigné – Libération

Bruce Springsteen a toujours la hargne – Télérama.fr

Bruce Springsteen, un Américain en colère à Paris – LeMonde.fr

Bruce Springsteen se révolte dans son nouvel album – le Figaro

Tout se passe en fait comme si, à chaque sortie d’album, la presse française redécouvrait avec surprise que Bruce Springsteen n’est pas cette caricature d’Américain nationaliste et bodybuildé propagée par une interprétation erronée de Born In The USA. Et chacun de s’étonner que le Boss soit si « politique ». Pourtant, sauf à croire (contre toute évidence) que Bruce Springsteen approuve ou cautionne les réactions violentes de certains personnages mis en scène dans ce nouveau disque, Wrecking Ball n’est pas un album plus engagé que Tom Joad (et sa dénonciation du nouvel ordre économique mondial), The Rising (et sa vision tout en nuances du choc du 11 Septembre), Devils and Dust (les traumatismes de la guerre en Irak), Magic (les mensonges de la présidence de George W. Bush) ou Working on A Dream (les espoirs de la présidence d’Obama).

Ce manque de perspective sur la « carrière » de Bruce Springsteen conduit à des contresens, comme cet article de Great America, le blog des pourtant excellents correspondants de Libération aux Etats-Unis, qui titre que « Springsteen s’engage dans la campagne » (présidentielle US). Or, Bruce Springsteen vient au contraire d’annoncer que, à la différence des élections de 2004 et 2008, il ne chanterait pas cette fois-ci en faveur du candidat démocrate… Un choix qui, au-delà de sa déception à l’égard du Président Obama, s’explique surtout par la volonté de Springsteen de refuser de se laisser enfermer dans le rôle du « chanteur engagé ».

Un comble : c’est au moment même où Bruce Springsteen veut sortir de l’engagement (au sens électoral), que la presse française, avec près de 20 ans de retard, découvre sa dimension politique, finement analysée dans un article de Salon US…

 

Et vous, que pensez-vous des réactions françaises sur Wrecking Ball ? Vos avis sont attendus !

1 thought on “« Wrecking Ball » et les idées reçues de la presse française sur Bruce Springsteen”

  1. Pour ma part, j’ai ete scandalise par la critique du single we take of our own des inrocks…. Lamentable. L’album est excellent. Surtout pour la musique. Les paroles, c’est du springsteen comme on le connait. Rien de tres surprenant. Bien sur qu’il se sert de l’actualite, mais de la a dire que c’est une croisade anti-banquiers… C’est plutot les journalistes qui se servent de l’actualite pour sur-analyser l’album.

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