Bruce Springsteen à Séville : virage soul pour le E Street Band ?

Interrogé un jour sur une reformation des Beatles, Paul McCartney avait répondu qu’elle n’aurait pas lieu tant que John Lennon serait mort. Après les décès de Danny Federici et Clarence Clemons, deux piliers du E Street Band, Bruce Springsteen aurait pu décider de tourner la page et de dissoudre ce groupe typique. Tel ne fut pas son choix, et, à la lumière du concert de Séville le 13 mai dernier, il se confirme que le Boss a eu raison de laisser l’E Street Band persévérer dans l’être.

Bruce Springsteen à Séville le 13 mai 2012 – photo Laurent Samuel

Avec la chanteuse Michelle Moore (époustouflante sur Rocky Ground), la trompette de Curt Ramm, le jeu subtil (quoi que moins puissant que celui de son tonton) de Jake Clemons au saxo et l’Apollo Medley, le show bénéficie d’une inflexion plus soul. Loin d’être une resucée en moins bien des shows de jadis, ce concert marque globalement une volonté de renouveau, avec des versions de certains titres, comme The Ties That Bind ou Out In The Streets, qui sonnent très différent de celles qu’on était habitués à entendre. La présence scénique de Bruce Springsteen reste intacte malgré les années qui passent, et il fend la foule à plusieurs reprises…

Par ailleurs, Bruce Springsteen garde (mais en version allégée) le rituel des requests (qu’on continue de soupçonner d’être choisis à l’avance, comme I’m Going Down déjà joué la veille lors d’un preshow) ainsi que celui (que je trouve personnellement insupportable) de l’enfant qu’on fait monter sur scène pour chanter quelques couplets de Waiting On A Sunny Day. Dans le train du retour vers le centre ville, la gamine qui avait eu cet honneur était traitée comme une star de télé-réalité, mitraillée par les photographes amateurs. Triste spectacle…

Ce concert a aussi confirmé la plus grande implication politique de Bruce Springsteen, avec un petit discours en espagnol se félicitant du mouvement des Indignés. Les esprits chagrins ne manqueront pas de s’étonner qu’il ait dormi à l’Alfonso XIII, cité comme le plus bel hôtel d’Andalousie (pour y avoir passé quelques minutes, on confirme que l’établissement vaut le détour), plutôt que sur un banc public en face de la gare. La bave du crapaud n’empêche pas la caravane du E Street Band de passer, pourrait-on répondre à ces grincheux en paraphrasant Michel Audiard…

La veille, Bruce Springsteen avait déclaré devant les journalistes que le mouvement Occupy Wall Street avait poussé Barack Obama à adopter une politique plus « à gauche ». Bruce Springsteen s’est aussi félicité de l’élection de François Hollande, « confirmant » ainsi l’intuition de ce blog qui avait annoncé en poisson d’avril un concert gratuit du Boss en soutien à celui qui n’était alors encore que candidat à la Présidence…

Pour le reste, les fans puristes regretteront l’absence, qu’on espère provisoire, de titres des deux premiers albums, ainsi que de Nebraska et de The Ghost Of Tom Joad ou de The Promise. On se passe en revanche très bien des chansons de Magic ou de Working On A Dream. Quant à l’absence de Patti Scialfa, restée « con los ninos », dixit son mari, je serai sans doute l’un des rares à la déplorer… Un mot encore sur la voix de Bruce qui marque parfois quelques menues faiblesses, comme au début du Tenth Avenue Freeze Out final (intense moment d’émotion avec l’hommage au Big Man Clarence Clemons), mais, au bout de trois heures de concert sans temps morts, il a quelques circonstances atténuantes…

On s’étonnera enfin du choix de Séville, ville située dans une région d’Espagne particulièrement touchée par la crise, pour démarrer la partie européenne de la tournée. Résultat : le stade, bien qu’en demi-capacité (35 000), n’était occupé que par 25 à 30 000 personnes. Le show de ce soir 15 mai à Las Palmas, aux Canaries, est annoncé comme sold-out, mais cela reste à confirmer… Pourquoi ne pas avoir choisi plutôt Barcelone, où Springsteen attire toujours les foules (même si le 2e concert n’est semble-t-il pas complet), pour le premier concert sur le Vieux Continent ? La promo a ses raisons qui échappent au sens commun…

5 thoughts on “Bruce Springsteen à Séville : virage soul pour le E Street Band ?”

  1. Un petit complément : le concert de Las Palmas n’est pas sold out (et dans les grandes largeurs si j’ose dire)…

  2. Ola Laurent,

    D’accord avec ton analyse sur l’inflexion « soul » du ESB. C’est ce que j’avais perdu aussi à Auburn Hills en avril.
    Dans ce goût là, j’espère que tu auras le droit à la version 2012 de E Street Shuffle dans un de tes prochains concerts.

    Fabrice

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