« High Hopes » de Bruce Springsteen, un album qui donne la pêche pour bien démarrer 2014

Si, comme le rappelle Peter Carlin dans son excellente biographie Bruce Springsteen (éditions Sonatine), Bruce Springsteen compose depuis Born To Run chacun de ses albums comme un roman, son nouvel opus High Hopes (sortie officielle les 13 ou 14 janvier selon les pays, mais déjà massivement diffusé sur le Net suite à une  « erreur » d’Amazon US) ressemblerait plutôt, selon l’heureuse expression de Thierry Saurat sur son blog, à un recueil de nouvelles.

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Après quelques écoutes, une première conclusion s’impose : contrairement aux prédictions de quelques prophètes de mauvais augure sur les forums, High Hopes ne ressemble rien à un assemblage hâtif de fonds de tiroir douteux et de reprises inutiles. Bien au contraire.  Même si, au premier abord, on cherche un peu le fil conducteur, cet album finit par révéler une grande cohérence,

Une cohérence apportée d’abord par son ambiance sonore. Un son à la fois pêchu, simple et précis, qui éclate malgré la compression du format mp3 (on attend le vinyle avec impatience !). Oubliée la surproduction qui avait gâché Working On A Dream et empêché Wrecking Ball d’être une totale réussite. Dans une passionnante interview avec Andy Greene de Rolling Stone, Ron Aniello, qui a produit ce disque (on reviendra sur les conditions très particulières de sa réalisation, très bien expliquées dans cet entretien), parle d’ « impression de paysage ouvert » (open landscape feel) et compare le son de High Hopes aux oeuvres du compositeur américain Aaron Copland. Une comparaison qui en étonnera beaucoup, mais qui n’est pas absurde si l’on songe que Copland composa notamment plusieurs musiques de westerns… Ancré dans l’histoire de la musique américaine (un titre comme This Is Your Sword aurait pu figurer dans les Seeger Sessions), le paysage sonore de cet album n’en est pas moins très moderne (la patte de Tom Morello à la guitare n’y est sans doute pas pour rien), installant par moments (sur Harry’s Place par exemple) une ambiance de Nebraska électrique.

Mais la cohérence de High Hopes vient aussi de sa structure. Comme dans les concerts du Boss, les morceaux ne s’enchaînent pas au petit bonheur la chance, mais s’inscrivent dans une logique savamment mûrie. Au début et à la fin de l’album, l’enserrant comme des serre-livres, deux reprises, la première, High Hopes (qui donne son titre à l’album), sur le mode de l’optimisme et du sens de la réalité, la dernière, Dream Dream Dream,  sur le mode de l’onirisme et du pouvoir de l’imaginaire. En quelque sorte, les deux faces (Two Faces…) de Bruce Springsteen, avec d’un côté le rocker attaché au changement personnel et social que célèbre High Hopes (Give me help, give me strength, Give me love, give me peace…), et de l’autre le crooner à la Roy Orbison de Dream Dream Dream.

Dans le même esprit de symétrie, on note aussi la présence, en troisième et en antépénultième (avant l’avant-dernière) positions, de deux titres signés ceux-là de Bruce Springsteen, mais déjà parus sur des albums précédents : American Skin et The Ghost Of Tom Joad. Des versions excellentes (à mon humble avis…) de deux chansons assez souvent reprises sur scène lors de la tournée Wrecking Ball, qui comptent parmi les plus politiques du répertoire récent du Boss et qui illustrent la constance de son engagement contre le racisme et la pauvreté, toujours nécessaire malgré l’accession au pouvoir de Barack Obama.

Mais l’essentiel de ce disque, ce sont bien sûr les inédits, qui de l’intrigant Harry’s Place (rien à voir avec Mary’s Place même si ce titre date de la période The Rising) au superbe The Wall (rien à voir avec le titre éponyme de Pink Floyd), expriment leur richesse et leur profondeur au fil des écoutes. Pour s’en faire une idée plus complète, il faudra attendre de lire et de méditer les textes. Mais d’ores et déjà, on peut affirmer que, grâce à sa cohérence dans l’ambiance sonore et la structure, High Hopes s’avère un excellent cru springsteenien qui nous donne un peu de pêche à l’aube d’une année qui, sur fond de crise économique, écologique et morale persistante, n’incite guère a priori à l’optimisme…

4 thoughts on “« High Hopes » de Bruce Springsteen, un album qui donne la pêche pour bien démarrer 2014”

  1. ca c’est du conseil. Merci du tuyau (du lien). Pas encore tout écouté mais j’aime ce que j’ai entendu… Et effectivement, malgré son coté pièces rapportés, cet album semble contenir une vraie cohérence sonore (thématique ? On verra avec les écoutes), ce qui me semble le plus important dans l’élaboration d’un album.

  2. Bravo Laurent pour cet exellent article .
    Oui le titre « The Wall » est une veritable pepite avec un final trompette + clavier qui fait décoler
    Franckie fells in love est une autre pepite avec un retour au rock dans la même veine que « You ve got it » sur l’album Wrecking ball
    Bruce for ever🙂
    Luc Martin

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